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lundi 10 décembre 2018
Gnose, la Kundalini et les archontes.
L'exploration du Gnosticisme peut s'avérer comme l'une des recherches les plus révélatrices de notre
époque et c'est certainement, aussi, l'une des plus ardues. Depuis que les Gnostiques ont été éradiqués
au 4 ème siècle, la désinformation à leur sujet s'est répandue comme une traînée de poudre. Il n'existe
pas de présentation claire et cohérente de la vision Gnostique que ce soit dans la matière ténue qui a
survécu ou dans les travaux modernes des érudits. Pour ajouter à la confusion, les Gnostiques étaient
des initiés dans les écoles des Mystères et les initiés étaient liés par un voeu de silence concernant de
nombreux sujets qu'ils expérimentaient mais, heureusement, pas tous les sujets.
Un des sujets les plus délicats des études Gnostiques est la problématique des pratiques sexuelles: en avaient-ils ou n'en avaient-ils pas. Selon certains commentaires, les Gnostiques étaient des ascétiques qui rejetaient le monde comme étant la fabrication d'un pseudo-créateur, Jéhovah, qu'ils identifiaient à une déité extraterrestre
ou un Archonte. Il est maintenant unanimement reconnu que l'accusation de rejet du monde ne peut pas être sincèrement reprochée aux Gnostiques et que cette accusation devrait être même réellement
portée à l'encontre des idéologues Chrétiens qui imputèrent faussement une haine du corps aux “hérétiques”, détournant ainsi sournoisement l'attention de leur propre dégoût pour la nature et pour l'incarnation humaine.
Un érudit du Gnosticisme, M. A. Williams, a consacré un ouvrage entier à réfuter et parfois même à inverser la désinformation concernant les Gnostiques, leurs visions et leurs pratiques. Dans Rethinking
Gnosticism, il déclare que, loin de mépriser le corps, il est beaucoup plus probable que les Gnostiques croyaient que “précisément, on peut trouver dans le corps humain la meilleure trace visible du monde matériel” (page 117, la mise en gras est de son fait). A partir d'une analyse méticuleuse de références textuelles et d'un examen, ligne par ligne, des écrits polémiques des Pères de l'Eglise contre le Gnosticisme, Williams conclut que “les clichés familiers au sujet de 'la haine Gnostique de', du 'mépris de', ou de 'l'hostilité pour' le corps faillissent totalement en tant qu'interprétation de ce que ces sources ont généralement à dire au sujet de cette question” (page 137). Willliams affirme que les Gnostiques étaient profondément engagés dans la guérison d'eux-mêmes et d'autrui et “beaucoup plus optimistes quant à ce qui pouvait réellement être réalisé pour transformer l'expérience somatique” que leurs opposants (page 137, la mise en gras est de son fait).
Selon certains commentaires, qui sont généralement condamnatoires, les Gnostiques pratiquaient des orgies rituelles qui impliquaient l'ingestion de fluides sexuels en tant que substances sacramentales.
Le récit de loin le plus scandaleux de ce type émane d'Epiphanius
Dans l'art sacré du Tibet, Les divinités accouplées sont appelées Yab-Yum, “mèrepère” de façon similaire aux Eons couplés dans la cosmologie Gnostique. Dans les rites de sexe sacramental, les partenaires
imitent les divinités accouplées mais ils ne deviennent pas des dieux. La finalité de ce rite est d'amplifier le plaisir au point qu'il en devienne le medium d'une “conscience cosmique”. (Vajraghanta, Mural painting,
Gyantse, 15th C. In Philip Rawson, Sacred Tibet, page 51) (376-403), un chasseur d'hérétiques qui infiltra le culte Ophite des “adorateurs de Serpents”. Il rapporta que les Ophites:
“vénèrent le Serpent parce que Dieu en a fait la source de la Gnose de l'humanité. Yaldabaoth [ le nom
Gnostique pour Jéhovah, le feux dieu créateur] ne voulait pas que l'humanité conserve le souvenir
des Générateurs (Eons), les Mères Cosmiques et les Pères Cosmiques de très haut. Ce fut le serpent
qui, en les tentant, amena la Gnose à nos parents; qui enseigna aux premiers êtres de notre genre la
connaissance intégrale des mystères de très haut” (cité par Jean Doresse dans Les Livres secrets de
l’Egypte).
Ici, typiquement, le mythe Gnostique inverse la tradition Judéo-Chrétienne: le serpent dans l'Eden est
un bienfaiteur et non un malfaiteur. Comment considérer ce passage en référence à la description par les
Gnostiques d'extraterrestres sinistres, les Archontes reptiliens qui s'insinuent dans l'humanité? Les reptiliens prédateurs représentent-ils simplement le côté ténébreux d'une autre force serpentine qui oeuvre
pour notre bien? C'est une problématique épineuse. Il semblerait que la réponse repose dans la nature
réelle des pratiques sexuelles des Gnostiques.
Il n'y a aucun doute quant au fait que certaines communautés Gnostiques étaient ascétiques et avaient
opté pour une abstinence totale de relations sexuelles. C'est le cas, par exemple, du groupe qui produisit
le matériau transmis par transe et connu sous le nom de Livres de Ieou (non Nag Hammadi), un recueil
hétéroclite d'enseignements sur l'après-vie. Ce groupe Gnostique considérait qu'il avait la responsabilité
sacrée de préserver la connaissance ésotérique concernant les “Trésors de la Lumière” et concernant les
“Receveurs”, des entités et des guides spirituels bienveillants que nous rencontrons au moment de notre
mort. La matière ésotérique dans les Livres de Ieou inclue une courte diatribe à l'encontre des autres
groupes qui pratiquent la magie sexuelle. Apparemment, la continence était nécessaire aux gardiens de
Ieou pour connaître ce qu'ils connaissaient. Cette diatribe d'une communauté Gnostique à l'encontre
d'une autre est exceptionnelle dans tous les textes Gnostiques qui ont survécu.
En sus de la déconstruction méticuleuse, par Williams, du rejet du monde (“dualisme anti-cosmique”)
attribué aux Gnostiques, j'ai argumenté en termes beaucoup plus essentiels que la vision Gnostique de
la vie, étant strictement centrée sur Sophia, la divinité incarnée en la Terre, ne pouvait pas avoir encouragé ou entretenu le mépris du monde matériel, le royaume des sens, et le mépris du corps humain. Tout
ce que les Gnostiques pensaient et enseignaient était fondé sur une communion vécue avec la déesse
Sophia, dont le nom signifie sagesse. Cela était vrai des Mystères, en règle générale, et des adeptes
Gnostiques, en particulier. Sophia était une version Gnostique de la Magna Mater, la Grande Mère qui
était adorée dans de nombreuses religions antiques. Même les Pères de l'Eglise, qui condamnaient les
Gnostiques comme des haïsseurs du monde, affirmaient que les Mystères, dans toute leur diversité,
étaient unanimes quant à la consécration des initiés à la Grande Mère.
Les historiens de la religion s'accordent sur le fait que la spiritualité Païenne impliquait une sexualité sacramentale, des orgies, et des rites de consécration par un yoga sexuel (sur le personnage de Marie-Madeleine en tant qu'adepte du sexe sacramental, voir mon essai She who Annoints). Les communautés
Tantriques de l'Inde présentent un parallèle étroit avec les Ophites - si étroit en fait que le rapport d'Epiphanius pourrait tout ausi bien s'appliquer aux Tantriques. Les Tantriques (ou Tantrikas comme ils sont
plus adéquatement appelés) sont des mystiques expérimentaux qui éveillent le “pouvoir du Serpent”, la
Kundalini, une force cachée dans le corps humain, afin de réaliser la conscience cosmique et d'éveiller les
siddhis, des facultés occultes. Il est plus que probable que les Gnostiques, dans leurs pratiques d'orgies
sexuelles, partageaient les mêmes buts.
Il est donc clair que le serpent mythique adoré par les Ophites ne peut pas être identifié avec les pré-
dateurs reptiliens décrits dans les textes Gnostiques et dans les Manuscrits de la Mer Morte. Plus probablement, le serpent Ophite n'est pas entièrement une version mythique du serpent de l'Eden mais
il est identique à la Kundalini, le pouvoir du serpent qui réside à la base de la colonne vertébrale dans
l'anatomie humaine. Cela étant, les orgies sexuelles parmi les Gnostiques n'étaient pas simplement pour
le plaisir et la jouissance (bien qu'ils ne les auraient pas vraiment exclus!). Ils adoraient la force surnaturelle qui résidait en leurs propres corps. En fait, le mot “orgie” vient du Grec orgia qui signifie tout
simplement “travail, activation”. L'orgia du pouvoir du serpent était un rite d'activation de la Kundalini
dans les pratiques Gnostiques tout autant que dans les pratiques Tantriques.
L'Evangile de Philippe contient le passage scandaleux qui décrit Jésus donnant un baiser sur la bouche
de Marie-Madeleine. C'est aussi le texte des Codex de Nag Hammadi qui offre la description la plus explicite de l'orgia sexuelle, mais dans un langage symbolique, ou un jargon d'initié, si vous préférez. Le texte
affirme que tout le mal présent sur terre procède du conflit entre les sexes mais que ce problème peut
être résolu par un rite corporel de ré-union. (Voir le commentaire du traducteur, Wesley W. Isenberg,
dans The Nag Hammadi Library in English, 1990, page 139). L'acte d'union sacramentale se passe
dans une “chambre nuptiale” appelée le nymphion ou peut-être que cet acte produit le nymphion. Le
rituel implique la lumière, et la Kundalini est également associée avec un doux rayonnement de lumière
de couleur d'un blanc laiteux qui génère une décharge électrique d'extase dans la colonne vertébrale.
Le texte dit implicitement que cette lumière voile et protège les partenaires unis dans un accouplement
sexuel sacré:
“Les puissances extraterrestres ne voient pas ceux qui sont vêtus de cette lumière parfaite et elles ne
sont donc pas capables de les capturer. Grâce au rite de l'union sacramentale, on est enveloppé par cette
lumière”. (Evangile de Philippe, passage 70).
Nymphion était un terme codé pour désigner la cellule de lumière ou l'aura de protection générée par
l'union sexuelle. Au sein de la cellule, les initiés surmontent l'influence des Archontes qui engendrent
l'erreur en notre mental et qui menacent de prendre possession de notre corps - bien qu'il faille ajouter
que les Gnostiques insistaient sur le fait que la menace d'intrusion au niveau du corps physique est exagérée par les Archontes eux-mêmes afin de nous faire croire qu'ils possèdent plus de pouvoir sur nous
qu'ils n'en ont réellement! Une telle erreur concerne la résurrection:
“Ceux qui disent qu’ils mourront avant de s’élever sont dans l’erreur. S’ils ne reçoivent pas la résurrection tout d’abord pendant qu’ils vivent, ils ne recevront rien lorsqu’ils meurent” (Evangile de Philippe,
passage 72).
Cela constitue un enseignement Gnostique fondamental, affirmé de telle façon à réfuter les croyances
Judéo-Chrétiennes quant à la survie après la mort, croyances auxquelles s'accrochent précieusement
des millions de personnes, de nos jours, mais qui étaient considérées par les Gnostiques comme des
notions illusoires introduites dans notre mental par la force extraterrestre, les Archontes. Cet enseignement transmet également un message clair quant à notre capacité de pénétrer profondément dans les
mystères biologiques de la nature, car il stipule que nous pouvons faire l'expérience de la résurrection
avant notre mort. Cette affirmation possède, bien sûr, de nombreux corollaires dans les enseignements
Asiatiques du Tantra. Dans les traditions Hindoues et Tibétaines, les yogis de très haut niveau sont dits
avoir réalisé la régénération intégrale de leurs corps et d'être ressuscité; ainsi, lorsqu'ils meurent, ils ne
meurent pas normalement. (Voir, par exemple, les récits légendaires dans Les Maîtres de la Grande
Perfection de Tulku Thondup.)
Plus on considère le Gnosticisme en parallèle au Shivaïsme, au Tantra Hindou, au Bouddhisme Tantrique
et au Dzogchen, plus il semble probable que certains Gnostiques étaient des mahasiddhis, des yogis de
très haut niveau, en raison de leur maîtrise du pouvoir du serpent. La technique d'illumination psychosomatique, par l'éveil de la Kundalini, n'était pas spécifique au Gnosticisme mais elle était, du moins, au
coeur de ses pratiques. Dans Shiva et Dionysos, Alain Daniélou présente des parallèles étroits entre les
cultes Grecs de l'extase dédiés à Dionysos et des cultes indigènes Dravidiens de Shiva au sud de l'Inde.
Citant le récit du témoignage direct d'Epiphanius sur les orgies sexuelles, Daniélou remarque que les
enseignements Gnostiques sur la magie sexuelle “sont très proches de la notion de Shivaïsme” (page
223). De la même manière, Sir John Woodruffe, le grand exposant du Tantra Hindou en Occident, compare directement le culte Gnostique de la Magna Mater à l'adoration Tantrique de la Devi Shakti, la “Mère
Pouvoir”. Il dit que dans les anciens Mystères, tout comme dans les cultes Tantriques de l'Inde, la finalité
des rites sexuels était d'éveiller les forces divines dans le corps:
“Une ancienne caractéristique de cette foi [le Tantra], et qui appartient aussi aux anciens Mystères, est
la distinction qu'elle fait entre l'initié dont la Shakti est éveillée (Pré-Bouddha) et le Pashu, la personne
“animale” ou non illuminée, ou comme les Gnostiques les appelaient, les “matérialistes”. La Naturel, qui
est la manifestation de la Mère de la Nature et le Spirituel, ou la Mère en tant qu'elle est dans et par Elle même, sont un, mais seul l'initié reconnaît vraiment cette unité” (Shiva et Shakti, page 88).
Dans ce passage, Woodruffe clarifie comment l'Eon Sophia, identique à la Mère de la Nature, est à la fois
incarnée dans le monde naturel et pas vraiment incarnée “en tant qu'elle est dans et par Elle-même”
parce que Sophia reste un Eon du Plérome même si Elle s'est métamorphosé en la planète Terre. De
telles affirmations n'émanent pas de spéculations intellectuelles mais d'une expérience directe et vécue
des puissances cosmiques mêmes qui sont décrites.
Dans son exposé des parallèles Gnostiques-Shivaïtes, Daniélou décrit les facultés de perception supé-
rieure acquises par l'activation du pouvoir du serpent. Elles sont appelées siddhis, “réalisations” et ceux
qui les réalisent sont appelés siddhas ou mahasiddhas. Le siddha Asiatique est la contrepartie exacte
de “l'adepte” dans les Ecoles de Mystères. Le mot adepte vient de la racine Latine adipisci-, “réaliser,
toucher, atteindre”. Le mot adepte est étroitement corrélé au mot aptitude; les adeptes étaient ainsi des
femmes et des hommes possédant des aptitudes spéciales. Lors de la rencontre entre Marie-Madeleine
et Jésus dans le jardin, le matin de Pâques, le rédacteur de l'Evangile a Jésus qui lui dit, Me mou aptou,
généralement traduit comme “ne me touches pas”. Mais dans refaçonnage Gnostique de cet incident, il
pourrait aussi avoir dit, “tu peux me voir, mais tu ne peux pas m'atteindre tant que tu n'as pas réalisé cet
état par toi-même”, s'il était véritablement un maître Gnostique apparaissant dans le corps docétique, ou
corps spectral, ainsi que certains maîtres Gnostiques le revendiquaient. Le corps spectral des Gnostiques
est appelé dans le Bouddhisme le Nirmanakaya.
En décrivant les réalisations yogiques des mahasiddhas Shivaïtes, Daniélou cite un texte Tantrique, le
Samkhya-Karika:
“Le yogi qui a atteint les siddhis acquiert ainsi des pouvoirs similaires à ceux des dieux. Ce sont essentiellement le pouvoir de la vision et le pouvoir de la connaissance, c'est à dire, l'omniscience, ainsi que
des siddhis subsidiaires (kriyashaktis) qui sont au nombre de neuf” (pages 94/95).
Parmi les siddhis déclinés, se trouve la faculté de percevoir au niveau microscopique ou moléculaire, la
faculté de se téléporter et la faculté de lire le mental d'autrui. Les adeptes des Mystères ne pouvaient
que développer ces facultés et les appliquer dans leur travail d'enseignement et d'apprentissage avec les
néophytes. En raison de leur expertise spécialisée au sujet de l'intrusion des Archontes, il est probable
que les Gnostiques ne pouvaient que développer les facultés requises non seulement pour détecter la
force extraterrestre mais aussi pour lui résister. Pour empêcher les “pirates Archontiques” de capturer le
corps (ibidem Williams, page 137), ils ne pouvaient que développer tout un arsenal de tactiques défensives et immunologiques. Les études modernes de la Kundalini mettent en exergue ses effets quant à
l'activation du système immunitaire ou “renforcement de l'aura” en termes du Nouvel-Age.
Dans les pratiques Gnostiques, une rencontre extatique avec la divinité avait lieu dans une sorte de
cellule hermétique ou une aura sacrée, appelée la “chambre nuptiale” ou nymphion. L'écrivain Grec Pausanius, qui était extrêmement prudent de ne pas dévoiler des secrets relatifs aux Mystères, utilise le mot
nymphion; cela signifie donc que ce mot ne semblait pas spécifique aux sources Gnostiques. Malgré l'éradication d'innombrables documents, particulièrement ceux qui auraient pu décrire des rites sexuels, il
existe d'amples évidences textuelles selon lesquelles les pratiques Gnostiques menant à la “divinisation”
des participants impliquaient un acte d'accouplement sexuel sacramental dans le nymphion. “Maintenant,
la lumière est dans le chrisme (le fluide de l'onction)” (Evangile de Philippe, passage 69). Dans les enseignements Tibétains, l'expérience mystique ultime de la “Lumière Blanche” se manifeste uniquement
à notre mort et juste durant un moment fugace pour ceux qui n'ont pas réalisé la capacité de maintenir
la Lumière dans leur attention. Mais selon des témoignages Gnostiques, il semble que cette expérience
puisse être réalisée selon divers modes. Au travers du sexe et de la mort, sans aucune différence.
L'Evangile de Philippe célèbre l'union mystico-érotique dans la chambre nuptiale comme le plus sacré
des rites grâce auxquels les initiés sont “engendrés par le Christos en deux”. Cet acte est rigoureusement
distingué d'une relation sexuelle ordinaire:
“Tandis que dans ce monde, l'union est entre l'époux et l'épouse... dans l'éon, la forme de l'union est
différente. [Cela est possible parce que] Christos vint pour réparer la séparation qui procédait de l'origine, et pour unir de nouveau les deux, et pour donner la vie à ceux qui moururent à la suite de la sé-
paration”.
Le Christos dans ce passage n'est pas le Christ des doctrines Pauline et Johannine, ni le Fils incarné de
Dieu. Dans le jargon Gnostique, le Christos est l'Eon couplé avec Sophia, sa contrepartie cosmique mâle.
Dans la foi Chrétienne, le sang du Dieu-homme Jésus donne la vie à l'humanité et guérit notre séparation
de Dieu le Père; pour les Gnostiques, tout cela n'était que des notions illusoires qui imitent et pervertissent la vérité. Dans le sacrement sexuel Gnostique, la béatitude de l'homme et de la femme joints en une
union sacrée est ce qui répare notre séparation de Dieu car les Dieux (Eons), qui sont dans la béatitude
éternelle, sont également la source de la béatitude corporelle. L'extase des Dieux fait circuler le sang
dans nos veines. L'union dans le sexe sacramental “donne la vie à ceux qui sont morts”.
Si la Kundalini est une force biologique, ainsi qu'il en est amplement attesté dans les écrits des investigateurs Occidentaux tels que Lee Sanella et Arnold Mindell, l'autre type de pouvoir du serpent doit être
distinctement anti-biologique. Les Archontes sont dits envier l'humanité, pour un certain nombre de raisons, mais principalement parce que nous vivons dans le corps de leur Mère!! Selon le mythe Gnostique
de création, les Archontes sont une espèce d'êtres inorganiques produits anormalement par l'impact de
l'Eon Sophia sur la matière atomique, avant que Sophia elle-même ne se métamorphosât en la Terre. Ils
sont appelés les Archontes, de archai, “antérieur, de l'origine”, parce qu'ils émergèrent avant le développement de la Terre et du Système solaire mais ils n'émergèrent pas directement du Plérome au contraire
de l'humanité. (Sur l'émanation de l'Atu Kadmon, voir La Promesse d'une Planète Solitaire, troisième
partie, et le Mythe de Gaïa, épisode 10).
Dans leur tentative de s'imposer à l'humanité, qui dure depuis des millénaires, les Archontes ont recours
à beaucoup de bluff et de bravades. Ils influencent notre mental de sorte à nous faire croire qu'ils peuvent faire beaucoup plus que ce qu'ils font réellement, mais de par cette croyance, nous leur abandonnons notre puissance, à notre insu - et il en résulte qu'ils nous possèdent parce que nous avons trahi
nos propres facultés. C'est pour cela que les Archontes prétendent gouverner l'humanité et prétendent
même avoir été nos créateurs ainsi qu'il est rapporté dans les tablettes cunéiformes des Annunaki, qui
sont considérées comme véridiques par Zecharia Sitchin et de nombreux autres investigateurs sincères.
Les Manuscrits de la Mer Morte, découverts en 1947, au moment même ou les Codex de Nag Hammadi
furent initialement reconnus comme des documents Gnostiques rares, contiennent des récits explicites
de menaces directes proférées par les reptiliens. Ainsi, dans le Testament d'Amram:
“Je vis des Guetteurs dans ma vision, la vision de rêve. Deux d'entre eux se battaient pour moi, disant...
et tenant une grande discussion à mon sujet. Je leur demandai: 'Qui êtes-vous pour revendiquer du
pouvoir sur moi?' Ils me répondirent: 'Nous avons le pouvoir de gouverner sur l'humanité'. Et ils me
dirent, 'Lequel d'entre nous te possédera?'. Je levai les yeux et je regardai l'un d'entre eux directement.
Son apparence était mortellement terrifiante et sa peau était multicolore avec des écailles sombres et
brillantes”. (4Q542).
(Note: les “Guetteurs” sont toujours identifiés avec les Annunaki dans les spéculations modernes sur les
ET/OVNI).
Comme je l'ai expliqué par ailleurs sur ce site, un groupe Gnostique qui s'appelait les Archontiques s'était
installé au sud de Qumran sur la Mer Morte. Doués de facultés de perception paranormale, telles que la
vision éloignée, les initiés Gnostiques qui avaient rencontré et repoussé les Archontes, observaient la
présence persistante des reptiliens au sein du culte de la Mer Morte des Zaddikim. La Première Apocalypse de Jacques (NHL, V, 3), qui contient des descriptions de rencontres directes avec les extraterrestres reptiliens, avertit que “de nombreux Archontes demeurent en Jérusalem”. Mais l'instructeur
Gnostique ajoute, et c'est une intuition cruciale, caractéristique de la connaissance hautement nuancée
des adeptes des Ecoles de Mystères, “Ces puissances ne sont pas tournées contre toi spécifiquement,
elles sont tournées les unes contre les autres” (passage 27). Cette ligne non seulement corrobore les
scénarios contemporains qui décrivent des conflits entre les extraterrestres qui sont parmi nous, mais
elle indique aussi que leurs puissances sont plus engagées pour se batailler entre eux plutôt que de nous
subjuguer.
Néanmoins, ils nous ont subjugués, dans un certain sens. Grâce à leurs tactiques subtiles d'intimidation
au travers des croyances erronées, les Archontes réussissent à nous faire abandonner nos facultés. Pour
nous livrer à eux, de la façon la plus profonde, dans un acte terminal d'auto-effacement, il nous faudrait
abandonner nos corps et abandonner les facultés cachées qui résident en nos corps. Les pratiques initiatrices Gnostiques étaient destinées à consolider notre incarnation par l'éveil de la Kundalini qui nous
enracine à la Terre. Kundalini signifie petite (“ini”) Kundala, “le pouvoir serpentin ou spiralant”. La grande
Kundala est le pouvoir serpentin de la Terre elle-même, les courants Erotiques tourbillonnants de Gaïa.
Elle, la Terre Mère, est la force ambiante suprême qui maintient l'ADN configuré dans ses chaînes spiralantes d'acides nucléiques. Lorsque la Kundalini est éveillée, lors de rites sexuels sacrés ou par d'autres
voies, elle enracine le corps humain consciemment dans le corps planétaire. C'est la finalité ultime du
yoga de la Kundalini: non pas la fuite du corps, non pas la déification des participants, mais l'enracinement dans Gaïa, la Divinité de la Nature.
Dans le nymphion, les Gnostiques baignaient dans une luminosité extatique qu'ils estimaient rayonner
de la Divinité, le Plérome des Eons, au travers de l'Eon Sophia qui est incarnée en la Terre. L'absorption
de ces émanations effectue une guérison sexuelle et répare la rupture entre les sexes (“la division des
genres”) qui se manifesta au niveau cosmologique lorsque Sophia réalisa son plongeon, en déchirant la
matrice de l'Anthropos.
Le cosmos est guéri au travers de ce qui a été le plus profondément blessé, la sexualité humaine.
L'Eon Sophia, agissant en l'absence d'un consort, plongea du
Plérome, mais c'est aussi Sophia, maintenant “enracinée” en
Terre, qui reconnecte l'humanité à la Source cosmique. La forme de connexion la plus directe et la plus dynamique fut réalisée dans le flux extatique de la Kundalini durant l'orgia sacrée.
Ces rites étaient pratiqués pour protéger le cercle d'adeptes
(la cellule Gnostique de seize mystai, illustrée ci-dessus) des
clowneries officieuses des Archontes. La Haute Immunité Archontique est peut-être ce dont avons besoin de nos jours,
alors que nous sommes confrontés aux ravages de l'HIV sur la
planète, pour ne pas mentionner les moeurs sexuelles qui tombent en ruines. Avec une naïveté inhabituelle, Tobias Churton affirme que les Gnostiques pensaient que “la relation sexuelle est bonne pour votre développement spirituel”. (The Gnostics, page 59).
“Car c'est par un baiser que les coeurs parfaits, les adeptes, conçoivent et donnent naissance. C'est pour cette raison que nous nous embrassons les uns les autres. Nous recevons une conception de notre humanité de la grâce que nous trouvons en chacun de nous...
“L'amour spirituel est tout vin et parfums”. (Evangile de Philippe).
Dans la version Gnostique de la Chute du Paradis, il n'existe pas de péché de la part de nos parents ancestraux. Ce n'est pas l'humanité qui chute, c'est Sophia, la déesse de la Sagesse. Le Serpent dans l'Eden
est la Kundalini, un allié sublime pour l'humanité, et pas un tentateur. Dans certains textes Gnostiques,
le pouvoir du serpent est appelé “l'instructeur”. Eve, la représentative ancestrale de l'espèce humaine,
acquiert du serpent allié la connaissance secrète pour les Mystères.
“C'était le Serpent, qui en tentant Eve, a conféré la Gnose à nos parents”.
John Lash
mardi 4 octobre 2016
L' hypostase des Archontes.
L’Hypostase des archontes est le quatrième traité du codex II de la Bibliothèque de Nag Hammadi.
La bibliothèque de Nag Hammadi est un ensemble de treize codex de papyrus reliés en cuir, du milieu du ive siècle. Retrouvés en 1945 dans la ville de Nag Hammadi au nord-ouest de Louxor par des paysans égyptiens, ils sont désormais conservés au musée copte du Caire.
1. Inspiré par l’esprit du Père de la vérité et se référant aux « puissances des ténèbres » , le grand Apôtre nous a dit que « nous n’avons pas à combattre contre la chair et le sang, mais contre les puissances maîtresses de ce monde de ténèbres, contre les esprits pervers. » C’est pourquoi je vous ai mandé ceci, puisque vous vous êtes interrogés au sujet de la réalité de ces puissances.
2. Leur chef est aveugle. Poussé par son pouvoir, son ignorance et sa vanité, il déclara avec arrogance : « C’est moi qui suis Dieu. Il n’y en a pas d’autre que moi. » Disant cela, il pécha contre l’Univers . Or, son discours fut perçu par l’lncorruptible, et il vint unevoix émanant de l’incorruptibilité, qui dit : « Tu te trompes, Samaël » ce qui veut dire : « Dieu des aveugles. »
3. Ses pensées s’enténébrèrent. Et, ayant par le blasphème qu’il avait proféré laissé échapper de lui sa puissance, il la poursuivit, à l’instigation de Pistis Sophia, en descendant vers le Chaos et vers l’Abysse sa mère, qui établit les enfants de celui-là, chacun selon son pouvoir, sur le modèle des éons qui sont dans la hauteur : car c’est, à l’origine, à la ressemblance du monde invisible que le monde visible a été conçu à partir de celui qui est caché.
4. Lorsque l’lncorruptibilité abaissa son regard vers la région des eaux, son image apparut dans les eaux et les maîtres des ténèbres en devinrent amoureux . Mais, du fait de leur faiblesse, ils ne purent s’approprier cette ressemblance qui leur était apparue dans les eaux : les psychiques, en effet, ne peuvent comprendre les Pneumatiques , car ils sont d’en bas, alors qu’elle était d’en haut. C’est pourquoi l’lncorruptibilité regarda en bas vers la région des eaux en vue d’unir, selon la volonté du Père, le Tout à la Lumière
5. Les archontes firent des projets et dirent : « Allons, faisons un homme qui soit de la poussière de la terre. » lls modelèrent leur créature comme si elle était entièrement de terre. Or, le corps dont sont faits les archontes est femelle, c’est un avorton d’apparence animale. Ayant pris de la poussière de la terre, ils modelèrent leur homme d’après leurs propres corps et à la ressemblance de l’image du dieu qui (leur) était apparue dans les eaux ). Ils dirent : « Allons façonnons-le conformément au modèle que nous avons perçu, en sorte qu' il puisse voir sa […] et que nous l’emprisonnions dans la forme que nous avons façonnée », n’ayant pas compris, vu leur impéritie, la puissance de Dieu. Ce dernier souffla dans son visage, et l’homme acquit une âme sur la Terre pour de longs jours .
6. Toutefois, étant donnée leur impéritie, ils n’arrivèrent pas à le faire se tenir debout . Ils s’obstinèrent à souffler tels des vents de tempête , tentant de capter cette ressemblance qui leur était apparue dans les eaux, mais dont ils ne comprenaient pas le pouvoir.
7. Tout cela cependant était arrivé par la volonté du Père du Tout. Peu après, I’Esprit aperçut sur le sol l’homme pourvu d’une âme. Et l’Esprit sortit du Monde adamantin, il descendit et vint en lui, et l’homme devint une âme vivante. Il lui donna le nom d’Adam parce qu’il l’avait trouvé rampant sur la terre .
8. Une voix sortit de l’lncorruptibilité en vue d’une aide à Adam et les archontes rassemblèrent toutes les bêtes de la terre, ainsi que les oiseaux du ciel, pour voir comment Adam les dénommerait, pour qu’il donne un nom à chacun des oiseaux et à toutes les bêtes .Ensuite, les archontes prirent Adam et ils le placèrent dans un verger pour qu’il le cultive et en assure la garde. Ils lui donnèrent un ordre, disant : « Tu mangeras de (ous les arbres dans le verger, mais de I’arbre de la connaissance du bien et du mal, n’en mange pas ; n’y touche pas non plus, car le jour où vous en mangeriez, vous péririez de mort. » Mais ils lui dirent cela sans bien comprendre ce qu’ils lui avaient dit. Car, par la volonté du Père, ils le lui dirent de telle sorte qu’ils pouvaient en réalité) en manger, afin qu’Adam les voie comme s’il était un homme d’une nature uniquement hylique .
9. Les archontes se concertèrent et dirent : « Allons, faisons tomber sur Adam un profond sommeil. » Et il s’endormit. Or, ce sommeil qu’ils firent tomber sur lui pour le faire dormir, c’est l’ignorance. Ils tranchèrent alors dans son côté, celui qui était pareil à une femme vivante, puis ils reconstituèrent ce coté en mettant de la chair à la place .
10. Alors, Adam ne fut plus entièrement qu’une âme. Et la femme pneumatique vint vers lui et elle lui parla, disant : « Redresse-toi, Adam ! » Et, lorsqu’il l’eut vue, il dit : « C’est toi qui m’as donné vie : tu seras appelée Mère des vivants. Car c’est elle qui est ma mère , elle est l’accoucheuse et la femme et celle qui a présidé à la naissance. »
11. Alors, les archontes s’approchèrent de leur Adam. Et, quand ils virent sa contre-partie féminine parler avec lui, un grand émoi les saisit et ils la désirèrent. Ils se dirent l’un à l’autre : « Allons ! jetons en elle notre semence » et ils la poursuivirent. Mais elle se rit d’eux à cause de leur stupidité et de leur aveuglement, et elle se changea en arbre devant eux tous. Elle étendit devant eux le reflet de son ombre, qui lui ressemble et c’est celle-ci qu’ils souillèrent abominablement, polluant ainsi l’empreinte qu’elle lui avait imprimée : c’est ainsi qu’en s’en prenant à l’image qu’elle avait dessinée en même temps que la leur, ils provoquèrent eux-mêmes leur propre condamnation.
12. Alors, le principe féminin pneumatique s’introduisit dans le Serpent, l’lnstructeur , qui se
mit à les enseigner, disant : « Que vous a-t-on dit ? Était-ce : de tous les arbres du jardin, vous en........
11 Image reprise de l’orphisme, selon lequel ce serait par la violence de tourbillons aériens que les âmes sont contraintes de s’incarner dans des corps.
12...... mangerez, mais de l’arbre de la connaissance du mal et du bien, n’en mangez pas ? » La femme de chair dit : « Non seulement on a dit : n’en mangez pas, mais même : n’y touchez pas, car le jour où vous en mangeriez, vous péririez de mort. » Le Serpent, l’lnstructeur, dit alors : « Vous ne périrez pas de mort. C’est par jalousie qu’on vous a dit cela. Au contraire, vos yeux s’ouvriront et vous deviendrez comme les dieux, distinguant le bien et le mal. » Mais le principe instructeur féminin se retira alors du Serpent et le quitta, ne laissant derrière lui qu’un être de terre.
13. La femme de chair prit alors du fruit de l’arbre et en mangea, puis elle en donna à son mari comme à elle : et ces êtres psychiques mangèrent. Alors, leur déficience devint patente, vu leur manque de connaissance, et ils s’aperçurent qu’ils avaient été dépouillés de l’esprit pneumatique. Ils prirent des feuilles du figuier et s’en ceignirent les reins.
14. Alors, le grand Archonte arriva et il dit : « Adam, où es-tu ? » car il ne savait pas ce qui s’était passé . Adam répondit : « J’ai entendu ta voix et j’ai pris peur, parce que j’étais nu, et je me suis caché. » L’Archonte dit : « Pourquoi t’es-tu caché ? sinon parce que tu as mangé du seul arbre dont je t’avais ordonné : n’en mange pas. Alors, tu en as mangé ? » Adam dit : « La femme que tu m’as donnée, elle m’en a présenté et j’ai mangé. » L’Archonte arrogant, alors, maudit la femme. La femme dit : « C’est le Serpent qui m’a poussée et j’ai mangé. » lls se tournèrent vers le Serpent et maudirent son ombre, en sorte qu’elle devint impuissante, ne sachant pas qu’elle n’était que l’image d’eux-mêmes (qu’ils avaient) dessinée. Depuis lors, le Serpent est sous la malédiction des archontes : jusqu’à ce que vint l’Homme parfait, cette malédiction a pesé sur le Serpent.
15. Alors, ils se tournèrent vers leur Adam, ils le prirent et ils le jetèrent hors du verger avec sa femme : car il n’y a pas en eux de bienfaisance, du fait qu’ils sont eux-mêmes plus bas que la malédiction. Bien plus, ils tourmentèrent l’homme par de grandes tribulations et une vie pleine de soucis, afin que l’humanité soit accaparée par la vie matérielle et n’ait pas la possibilité de se consacrer à l’Esprit saint .
16. Dans la suite, elle enfanta Caïn, leur fils. Et Caïn cultiva la terre. L’homme connut à nouveau sa femme, qui devint grosse une nouvelle fois et enfanta Abel. Et Abel fut pasteur de moutons .
17. Or, Caïn présenta des fruits de son champ, tandis qu’Abel présentait un sacrifice de ses agneaux. Dieu regarda les offrandes d’Abel, mais il n’agréa pas les offrandes de Caïn.Et Caïn, I’homme charnel, abattit son frère Abel. Alors, Dieu dit à Caïn : « Où est Abel, ton frère ? » Il répondit, disant : « Suis-je donc le gardien de mon frère ? » Dieu dit à Caïn : « Écoute ! la voix des sangs de ton frère crie vers moi. Tu as péché par ta bouche. Cela se retournera contre toi. Cependant, quiconque tuerait Caïn déchaînerait sept vengeances. Tu vivras donc en gémissant et en tremblant sur la terre. »
18. Alors, Adam connut sa ressemblance féminine, Eve, et elle devint grosse, et d’Adam elle enfanta Seth Et elle dit : « J’ai enfanté un autre homme de par Dieu, en place d’Abel. »
19. Eve devint grosse à nouveau et elle enfanta Nôréa. Et elle dit : « Il a été conçu en moi une vierge comme une aide pour beaucoup de générations de l’humanité. » Cette vierge, les archontes ne l’ont pas souillée.
20. Alors, I’humanité se mit à se multiplier et à croître. Les archontes prirent conseil les uns des autres et dirent : « Allons ! provoquons un déluge de nos propres mains et anéantissons toute chair, hommes et animaux. »
21. Mais, quand l’Archonte des Forces apprit leur résolution, il dit à Noé : « Fais-toi une arche d’un bois imputrescible et cachez-vous en elle, toi et tes enfants, avec les animaux et les oiseaux du ciel, du plus petit au plus grand, et fabrique-la sur la montagne de Sir. »
22. Alors, Oréa vint à lui pour monter dans l’arche. Mais, comme il ne la laissait pas monter, elle souffla sur l’arche et fit en sorte qu’elle soit détruite par le feu. Il construisit alors l’arche une deuxième fois.
23. Les archontes vinrent à sa rencontre avec l’intention de l’abuser. Leur chef suprême lui dit : « Eve, ta mère, est venue à nous. » Mais Noréa , se tournant vers eux, leur dit : « C’est vous qui êtes les gouverneurs des ténèbres ? Vous êtes maudits et vous n’avez pas connu ma mère, mais c’est votre équivalent féminin que vous avez connu. Aussi ne suis-je pas issue de vous : c’est, bien au contraire, du monde d’en haut que je suis venue. »L’archonte arrogant fit appel à tout son pouvoir et son apparence devint pareille à [ … ] noir. Il lui dit, dans sa présomption : « Il te faut nous rendre service (comme l’a fait) ta mère Eve, car on m’a […]. »
24. Mais Noréa se tourna, grâce à la puissance de [ … ] cria d’une grande voix vers le Saint, le Dieu du Tout : « Protège-moi des archontes d’iniquité et sauve-moi de leur emprise ! »
25. Alors, un ange descendit des cieux et lui dit : « Pourquoi cries-tu vers Dieu ? Pourquoi te montres-tu aussi téméraire envers l’Esprit saint ? » Nôréa dit : « Qui es-tu ? » Les archontes d’iniquité s’étaient éloignés d’elle. Il répondit : « Moi, je suis Elelêth l’avisé , le grand ange qui se tient debout en présence de l’Esprit saint. J’ai été envoyé pour m’entretenir avec toi et pour te délivrer des griffes de ceux qui sont sans loi. Et je teferai connaître tes racines. » Or, cet ange, je ne suis pas capable de dire sa puissance. Son apparence est comme de l’or fin et sa vêture comme la neige. Vraiment, ma bouche n’est apte, ni à exprimer sa puissance, ni à décrire son visage.
26. Elelêth, le grand ange, me parla : « Moi, dit-il, je suis intelligence ; je suis l’un des quatre illuminateurs qui se tiennent debout en présence du Grand Esprit invisible . Crois-tu que ces archontes aient quelque pouvoir sur toi ? Aucun d’eux ne pourra prévaloir contre la racine de la vérité, car c’est à cause d’elle que s’est produite ces derniers temps la Manifestation et ces autorités seront vaincues. Et elles ne pourront pas te souiller, pas plus que cette génération, car votre place est dans l’lncorruptibilité, là où habite l’Esprit virginal , lequel domine les autorités du Chaos et leur monde. »
27. Alors je dis : « Seigneur, instruis-moi des capacités (de) ces autorités. Comment sont-elles venues à l’existence ? et à partir de quelle origine et en quelle matière ? et qui les créa, elles et leur pouvoir ? »
28. Et le grand ange Éleleth, I’lntelligence, me parla : « Dans les éons sans limite réside l’incorruptible Sophia, encore appelée Pistis . Elle voulut créer seule quelque chose, sans son conjoint , et elle produisit un être céleste. « Entre le Monde d’en haut et les éons d’en bas, il y a un voile, et une ombre se dessina sous ce voile. Cette ombre devint matière et cette ombre fut projetée plus bas. Et ce qu’elle avait produit devint un être matériel semblable à un avorton. Mais il reçut une forme façonnée comme provenant de l’ombre et il devint une bête arrogante ressemblant à un lion .
29. « Il était androgyne, puisqu’il était, je viens de le dire, sorti de la matière. Ouvrant les yeux, il aperçut la matière vaste et étendue, et il devint arrogant, il dit : Moi, je suis Dieu et il n’y en a pas d’autre que moi. Disant cela, il pécha contre le Tout. Mais il sortit d’au-dessus de l’Eon suprême une voix qui dit : Tu te trompes, Samaël c’est le dieu des aveugles . « Mais il rétorqua : S’il existe quelqu’un d’autre d’antérieur à moi, qu’il se montre à moi ! Aussitôt, Sophia étendit son doigt et elle fit parvenir la lumière au sein de la matière, et elle la suivit jusqu’en bas, dans les régions du Chaos. Puis, elle partit en remontant dans sa lumière. L’obscurité, à nouveau, envahit alors la matière .
30. « Cet Archonte, qui est androgyne, se bâtit un autre domaine, d’une grandeur sans limite, et il résolut de susciter de lui des enfants. Il créa pour lui-même sept enfants, androgynes comme leur auteur, et il dit à ses enfants : ‘Je suis le Dieu du Tout’. « Mais Zoé, la fille de Pistis Sophia, lui dit en criant : Tu fais erreur, Saclas (un nom occulte pourlaldabaôth . Elle lui souffla au visage et son souffle devint pour elle un ange de feu, et cet ange lia laldabaôth et le précipita dans le Tartare au fond de l’abîme .
31. « Alors, lorsque son enfant Sabaôth eut vu le pouvoir de cet ange, il fut retourné et il condamna son père, ainsi que sa mère, la matière. Il prit celle-ci en aversion, et il célébra Sophia et sa fille Zoé. « Aussi Sophia et Zoé l’enlevèrent-elles pour l’établir sur le septième ciel, en dessous du voile qui se trouve entre la hauteur et les bas-fonds. On l’appela le Dieu des Forces, Sabaôth , parce qu’il est supérieur aux Forces du Chaos, du fait que Sophia l’y a établi. « Après (tout) cela, il se fabriqua un grand char à quatre faces de chérubins , avec pour l’assister un nombre immense d’anges (porteurs) de harpes et de cithares.
32. « Et Sophia emmena sa fille Zoé pour la faire asseoir à sa droite en vue de lui enseigner ce qu’il y a dans l’Ogdoade, et elle plaça à sa gauche l’ange de la colère. Depuis ce jour, on appela sa droite Vie, tandis que la gauche fut le modèle de l’iniquité issue de l’Eon du pouvoir suprême d’en haut. C’est avant ton temps qu’ils sont venus à l’existence.
33. « Mais, lorsque laldabaôth le vit établi dans cette grande gloire et à cette hauteur, il en devint jaloux et cette envie devint un être androgyne . C’est là l’origine de l’envie, et l’envie engendra la mort, et la mort engendra des enfants, à chacun desquels elle attribua un ciel, et tous les cieux du Chaos furent emplis de leur multitude .
34. « Or, c’est en conformité avec la volonté du Père du Tout que tout cela se produisit, à l’exemple de toutes les choses d’en haut, afin que tout le Chaos puisse être empli.
35. « Voici donc que je t’ai instruite de l’histoire des archontes et de la matière en laquelle ils ont été créés, et aussi de leur auteur et de leur monde. »
36. Mais je dis : « Seigneur, suis-je, moi aussi, faite de leur matière ? » « Toi, de même que tes descendants, vous êtes issus du Père primordial. C’est d’en haut, de la Lumière impérissable, que sont venues leurs âmes. Aussi les autorités ne pourront-elless’approcher d’eux, grâce à l’Esprit de vérité présent en eux, et tous ceux qui ont acquis laconnaissance de ce chemin sont immortels parmi les hommes mortels. Cependant, cette semence ne se manifestera pas aujourd’hui. Après trois générations toutefois, elle se manifestera et elle rejettera loin d’elle le joug d’erreur des autorités. »
37. Alors, je dis : « Dans combien de temps, seigneur ? » Il répondit : « Lorsque l’Homme vrai révélera, au moyen d’une image modelée, l’existence de l’Esprit de vérité que le Père aura envoyé. « C’est lui alors qui les instruira de toutes choses. Et il les oindra du chrême de la vie éternelle, qui lui aura été remis par la génération autonome . « Alors, ils seront affranchis de la pensée aveugle et ils fouleront aux pieds la mort issue despuissances. Et ils monteront dans la Lumière sans limite, là où repose cette semence. « Dès lors, les puissances délaisseront leurs éons et leurs anges pleureront sur leur destruction, tandis que leurs démons lamenteront leur mort. « Alors, tous les enfants de la Lumière connaîtront vraiment la vérité et leur racine, ainsi que le Père du Tout et l’Esprit saint. Tous, ils diront d’une seule voix : La Vérité du Père est juste et le Fils règne sur le Tout. »
38. Et tous clameront, dans les siècles des siècles : « Saint, saint, saint ! Amen. »
Une explication de ce texte par l' excellent site Liberterre:
L'Hypostase des Archontes entre immédiatement dans le vif de l’histoire. Elle aborde de suite un événement décisif dans le mythe de la Création Gnostique: le dieu imposteur, qui est aveugle, déclare qu’il est le seul dieu de l’univers mais il est démenti par une voix divine qui lui dit qu’il fait erreur. Le texte fait ici éclater une salve: “Ses pensées devinrent aveugles”. (87.5). Le fait que les humains puissent penser de façon aveugle, dans l’ignorance de la nature de leurs pensées, et dans l’inconscience de l’auto-obscurcissement des processus de pensées, est un enseignement de base des sciences bouddhistes et noétiques; cependant, les Gnostiques y ajoutèrent une tournure bizarre, l’associant à un acte arrogant d’égoïsme cosmique. Ils enseignèrent que les processus de la psyché humaine sont emmêlés avec les événements du cosmos dans son ensemble (un synchronisme cosmo-noétique). Par notre mental, nous sommes impliqués dans la démence et dans l’arrogance du chef des Archontes.
Pour découvrir un parallélisme extraordinaire avec l’égoïsme du dieu imposteur dans le mythe Gnostique, nous renvoyons le lecteur à notre essai “La folie de l’ego”.
Dans l’Hypostase des Archontes, les autorités ou puissances sont initialement appelées Exousia, un terme que l’on retrouve dans les écrits attribués à Paul; cependant, le terme Archontoi se présente un peu plus loin dans le texte. Le chef des Exousia n’est pas appelé par son nom habituel, Yaldabaoth, comme par ailleurs dans les Codex du Nag Hammadi. Dans les enseignements des Mystères sur les “sphères planétaires”, les Exousia sont connectés à Jupiter et à la force de la jalousie (en Grec, phthonos).
L’Hypostase des Archontes n’explique pas, comme le font d’autres traités cosmologiques, comment le chef des Archontes fut engendré à partir de “l’abysse” (NOUN en Copte), ici appelé “sa mère” (MAAY en Copte). Le terme NOUN indique que le chef des autorités, et sa légion, émergent du royaume de la matière élémentaire, du chaos, de l’abysse. C’est ce que nous appelons les champs quantiques, la matrice (supposée) inorganique de la vie organique.
Sophia - appelée ici Pistis Sophia, la “Sagesse Confiante” - a établi un monde céleste pour les autorités “en conformité avec leur pouvoir”, formant ce monde “à l’image de la structure (typos) des mondes qui sont au-dessus, car c’est à partir du monde invisible que le monde visible fut créé” (87.10). Les “mondes du dessus”sont dans le Plérome, source de toutes les structures archétypiques de manifestation. Les Archontes ne peuvent rien inventer. Tout doit procéder de Sophia, un Eon en provenance du Plérome. Selon d’autres textes, le chef des Archontes crée son propre monde céleste, le système planétaire, en imitant les structures du Plérome, mais s’il est aveugle, comment peut-il percevoir ces formes divines? Ce passage insinue que Sophia se joue du dieu imposteur Yaldabaoth en lui faisant croire que c’est lui-même qui réalise ce qu’elle, la Divinité réelle, crée pour lui.
Maintenant, un événement sublime: l’image de “l’incorruptibilité” se reflète dans le royaume du chaos duquel émergent les Exousia. Dans les compositions sémantiques du Copte, le terme “incorruptibilité” est construit avec TAKO “corrompre, faire périr”, avec le préfixe AT-, “ne pas” et MNT- qui fonctionne comme le suffixe Français -tion: ce qui donne MNTATTEKO “capacité de ne pas corrompre”. (Le A de TAKO se change en E, une des nombreuses transformations orthographiques déconcertantes du Copte). Le terme est également rendu par “ce qui est non périssable”. Cette abstraction est présentée comme une conscience vivante et présente même s’il ne lui est pas donné un nom angélique ou divin, tel qu’Elelath. Cette présence abstraite, de façon étrange, supposée être dans le Plérome, produit une image dans la matière élémentaire (MOOY, “les eaux”) et les Exousia la convoitent mais ils sont incapables de l’atteindre. Il nous est dit qu’ils peuvent la désirer parce qu’ils ont une âme mais pas d’esprit. C’est l’unique texte des Codex de Nag Hammadi qui affirme quasiment que les Archontes ont une âme, une sorte de vie intérieure. Ils peuvent soupirer après quelque chose, la désirer, mais ils succombent ensuite à la jalousie pour ce qu’ils ne peuvent pas avoir.
Apparemment, l’image de l’incorruptibilité ressemble à la forme humaine que les autorités, appelées maintenant Archontoi, tentent de copier. Les Archontes “dressèrent des plans” et dirent “ Allons. Créons un humain (ROME) qui sera issu de l'humus de la terre (KAZ, variation de Ge, Gaïa, la Terre en Grec)”. On ne sait pas s’ils façonnent, un homme, un mâle ou la forme humaine (peut-être androgyne?) parce que le Copte ROME est utilisé tout aussi bien pour homme et pour humain. Selon 87.30, ils modelèrent la forme humaine “à l’image de Dieu” ou “apparition divine”. Nous apprenons immédiatement que l’image est femelle parce que les Archons se décident maintenant “à voir sa contrepartie masculine”. Ils façonnent tout d’abord une image femelle ou matrice et produisent ensuite, à partir de cette image, une forme mâle qu’ils dotent de leur souffle mais la forme mâle est incapable de se tenir debout. Cet épisode est réminiscent des mythes indigènes de création qui décrivent une tentative bâclée de produire la forme humaine - par exemple dans le Popol Vuh. Les Archontes soufflent furieusement mais ils sont incapables d’animer leur création pseudo-humaine car “ils ne connaissaient pas la nature de son pouvoir” (88.10).
Maintenant vient un passage remarquable. L’esprit du Plérome, observant que “la forme humaine dotée d’âme (psychikos)” est incapable d’atteindre sa stature réelle, envoie une partie de lui-même, de la “Terre de Diamant”, dans la créature en lutte. Et “l’homme devint une âme vivante”, PSYCHE ETONE. Le terme ETONE apparaît également dans le nom des Mystères, “le Jésus vivant”, comme nous l’avons déjà remarqué. Par “vivant”, les Gnostiques entendent quelque chose comme “éternel” plutôt que simplement “vivant”. (Cela nous rappelle la distinction entre zoe, la force de vie immortelle, et bios, la force des formes de vie biologique, élucidée par le mythologiste Karl Kerenyi dans Dionysos.) La Terre de Diamant est un terme frappant qui rappelle les enseignements Bouddhistes sur la Conscience Diamant ou Vajra. Une telle conscience réside dans le Plérome mais comme Sophia est unie à la Terre, la présence divine du Plérome emplit la Terre. Avec le soutien de l’Eon Sophia, Adamas (“la créature terrienne”) peut maintenant se lever et faire preuve de pouvoir spirituel en nommant les animaux. Les types mâles et femelles de l’humanité (ROME) vivent dans un monde édénique, un paradis naturel, la biosphère.
Sophia demeure au sein de toute la biosphère mais Elle y est également présente au travers du médium spécifique de la lumière blanche vivante ou lumière de Diamant, la Lumière Organique. La mythologie de l’Hypostase des Archontes explique les fondements de l’expérience fondamentale de l’initiation dans les Mystères: l’initiation par la Lumière.
Le fruit défendu
Dans la version Gnostique de la Genèse, les autorités (Archontes) interdisent aux parents originels de consommer de l’arbre qui leur permettrait de discerner le bien du mal et ils brandissent la menace de la mort. L’histoire prend une tournure extraordinaire car il nous est narré que les Archontes sont autorisés à proférer cette interdiction afin que les parents originels désobéissent, mangent du fruit défendu et acquièrent ainsi des capacités de perception accrue. L’illumination procède de la consommation du fruit défendu afin que “les Adamas ne les considèrent pas (les Archontes) comme le ferait une créature limitée par une perception dense et matérialiste” (89.5). Lorsque les Archontes réalisent que la connaissance proscrite confère à Adam la capacité de discerner leur vraie nature, ils réussissent à le plonger dans un état de stupeur afin de bloquer ses facultés supérieures de perception. Pour ce faire, ils effectuent une opération grotesque: ils ouvrent le flanc d'Adam et “construisent son flanc en chair pour la remplacer (Eve)” afin qu’il soit ravalé de son statut d’être spirituel (pneumatikos) à un statut plus modeste d’être doté de psyché, d’âme (psychikos). Il est clair qu’Adam est confronté à des manoeuvres pernicieuses de la part des Archontes.
Il est à noter que le scénario de l’Eden Gnostique n’est pas simplement l’inverse du scénario de l’Eden Biblique qui met en jeu un faux dieu créateur qui oeuvre contre l’humanité. Dans la version Gnostique, Adam et Eve ne pèchent pas selon des termes humains. Ils ne désobéissent pas simplement aux commandements du dieu créateur mais ils acquièrent des facultés de discernement leur permettant de démasquer le dieu créateur. En bref, ils témoignent d’une supériorité spirituelle vis à vis des Archontes et c’est pour cela qu’ils sont “punis” par ces derniers qui cherchent à les plonger dans un état de stupeur. L’enchantement qui est lancé sur Adam ne diminue pas sa conscience ordinaire mais il bloque ses capacités de perception supérieure. Si cette interprétation est correcte, elle montre que les Gnostiques étaient conscients que les puissances Archontiques, et leurs représentants humains, ont l’intention de priver l’humanité de l’expérience de la conscience supérieure, c’est à dire de l’extase de la connaissance générée par un usage shamanique des plantes enthéogènes. En fait, le programme du patriarcat s’est toujours opposé, jusqu’à nos jours, au contact expérientiel et à la communion avec la Nature Sacrée au travers d'états altérés de conscience.
Il se peut fort bien que le fruit interdit ait été une plante enthéogène, tel que le champignon sacré, amanita muscaria.
Tout cela se passe dans l’Eden, le paradis sur Terre, mais cette histoire est très différente de celle de l’Ancien testament! Et il y a d'autres éléments de réécriture Gnostique du mythe Judéo-Chrétien de la création. Eve n’est pas affectée par le sommeil profond imposé à Adam. Elle l’appelle pour le faire sortir de sa stupeur. En la voyant, il reconnaît qu’elle est “la mère du vivant”, TIMAAY NNETONE, tout autant que “la thérapeute” qui protège la vie. Les Archontes sont profondément mécontents parce qu’Eve a ruiné leur plan de plonger Adam dans la stupeur et il s’en prennent maintenant à elle. Ici, l'Hypostase des Archontes présente une version du mythe de l’union avec des extra-terrestres que l’on trouve dans les tablettes cunéiformes Sumériennes.“Et les Archontes furent attirés par Eve, la femme primordiale. Ils se dirent l’un à l’autre ‘Allons, semons notre semence en elle’ et ils la poursuivirent. Et elle se moqua de leur stupidité et de leur aveuglement; et au moment de tomber dans leurs griffes, elle se transforma en arbre et laissa, devant eux, un reflet d'ombre d’elle-même.”
Contrairement à la suggestion habituelle selon laquelle les récits cunéiformes prouvent qu’il y eut une intervention extra-terrestre dans la génétique humaine de la préhistoire, ce texte Gnostique (et pas seulement celui-ci) n’admet pas que les Archontes réussirent dans leur intention de violer la femme primordiale, Eve. Ils possédèrent, cependant, l'image d'une femme “qu’ils profanèrent outrageusement”. (89.25). Curieusement, ce texte spécifie “qu’ils profanèrent le timbre de sa voix”. Que cela peut-il vouloir dire? En termes cosmologiques, il est difficile de déceler ce que les Archontes sont en train de faire ici mais en termes psychologiques - qui, rappelons-le, sont toujours pris en compte en synchronisme avec événements cosmiques, dans la vision Gnostique de la réalité humaine - il est suggéré que la féminité fut profanée, bafouée et dénigrée. C’est exactement ce qui s’est passé avec l’émergence de la religion patriarcale: la voix distinctive de la femme, son autorité à parler pour elle-même et pour la Déesse, a été bafouée et profanée.
Ces deux thèmes, à savoir la profanation de la femme et l’interdiction des rites enthéogènes, sont les piliers du programme de domination du patriarcat. Kenneth Rexroth, qui a retracé les origines du Gnosticisme “au Néolithique et même avant” affirme que la dévotion envers la Déesse rédemptrice dans les Mystères explique la forte et distincte “position anti-patriarcale de la plupart des textes Gnostiques”. (A Primer of Gnosticism dans G.R.S. Mead, Fragments of a Faith Forgotten). L’érudit Gnostique John D. Turner souligne que “les Gnostiques découvrirent que la source véritable de la répression des structures patriarcales émane du démiurge”, le faux dieu créateur («Réponse à ‘Sophia et Christ’ dans l’Apocryphe de Jean par Karen L. King,» pages 177-186, dans Images of the Feminine in Gnosticism, éditions Karen King). Cela apparaît sûrement évident dans les révisions mythologiques de l’Hypostase des Archontes.
Il serait logique, selon le plan des Archontes, de rendre la femme inférieure à l’homme qu’ils ont tenté de mystifier et d’endormir. Les Gnostiques enseignent que les pseudo-dieux tentent effectivement cela mais font face à un échec car la femme devient “l’instructrice” de l’homme. L’instructrice assume la forme d’un serpent. Le texte fait un jeu de mots en Araméen entre serpent et instructeur. Le “principe féminin d’initiation”, c’est la Kundalini, le pouvoir du serpent. Ce pouvoir est une faculté innée de connaissance dans la communion ou d’extase cognitive. Les autorités agirent sous l’emprise de la jalousie lorsqu’ils interdirent l’accès à l’arbre de connaissance précisément parce que le fruit de l’arbre libère le pouvoir du serpent. Le mythe (90.10) suggère que ce pouvoir appartenait originellement aux serpents, où était véhiculé par les serpents, et qu’il leur fut retiré pour être confié aux êtres humains.
Médecine du Serpent
La “femme charnelle”, TISHIME NSARKIKE, également appelée l’Eve sarkique, est une femme liée biologiquement en contraste avec la femme spirituelle ou “pneumatique” qui est l'instructrice de la race humaine. Dans le mythe Gnostique, Eve, la femme Spirituelle ou Pneumatique, n'est pas celle qui tente Adam mais celle qui le libère. Elle est différenciée de la femme charnelle, une créature qui est sous la dépendance de sa nature biologique plutôt que d'en exercer la maîtrise:“En quittant la femme (charnelle, biologiquement liée), la Femme Spirituelle pénètre dans le serpent et instruit l'homme et la femme de manger de l'arbre de discernement du bien et du mal, à l'encontre des commandements des autorités. Cet acte d'initiation spirituelle est également un acte d'insubordination. En questionnant Adam, les autorités apprennent de lui que la femme lui a donné à manger de l'arbre et ils la maudissent.” (Anne McGuire, «Virginity and Subversion: Norea Against the Powers dans The Hypostasis of the Archons,» pages 239-258, dans Images of the Feminine in Gnosticism, éditions Karen King).
L'Eve Sarkique et sa contrepartie mâle sont des créatures psychiques dépourvues de la connaissance supérieure de l'illumination psychosomatique. En raison de leur “manque de connaissance” ils éprouvent de la honte, ils se sentent “dénudés de l'élément spirituel (pneumatikon)” mais ils n'oublient pas ce qu'ils ont perçu dans la gnose, dans la connaissance des matières divines. Lorsqu'Adam dit aux Archontes qu'Eve l'a mis en garde contre leur influence, “l'Archonte arrogant maudit la femme” (91.30). Ils se tournent ensuite vers le serpent et le maudissent, oubliant que ce fut la forme par laquelle ils furent eux-mêmes modelés - une référence frappante à la forme “reptilienne” ou draconique des Archontes. La “malédiction sur le serpent” est leur riposte vis à vis de l'instructeur serpent, la Kundalini, grâce à laquelle les humains peuvent résister et repousser l'intrusion extra-terrestre et guérir les traumatismes provoqués par l'agression Archontique. La Kundalini est la médecine du serpent.
L'Hypostase des Archontes attribue l'expulsion de l'Eden aux Archontes, dont le chef est Yaldabaoth, identifié avec Jéhovah. Cela s'accorde avec la narration de l'Ancien Testament à la différence près que, dans l'Ancien Testament, Yahvé-Jéhovah est considéré comme le dieu créateur sévère qui punit justement l’humanité de sa désobéissance alors que dans ce texte, le dieu créateur est un extra-terrestre dément qui se venge des parents originels qui ont exercé leurs facultés gnostiques de perception supérieure. L'attitude de Jéhovah n'est pas bénigne et ne peut en aucun cas être interprétée comme un châtiment conduisant à une amélioration de la condition humaine. “Les autorités précipitèrent alors les hommes dans de grandes distractions et dans les labeurs de l’existence afin qu'ils soient accaparés par la vie matérielle et qu'ils n’aient pas le temps de se consacrer à la vie spirituelle” (91.5-10).
Le texte continue avec une narration très claire de l'histoire de Caïn et d'Abel et il y ajoute ensuite un élément purement Gnostique. Seth et Noréa sont nés des parents originels. Seth est à la tête de la lignée des Révélateurs. Noréa est l'archétype de la femme spirituelle qui porte le pouvoir non profané d'Eve. “La mère originelle devint enceinte et elle mit au monde Noréa. Et elle dit: ' L'esprit a engendré en moi une vierge (parthenos en Grec) qui sera un soutien (En Copte NEBOETHEIA) pour de nombreuses générations humaines” (91.30 - 92.4). Compris dans son sens païen originel, le terme “vierge” désigne non pas une femme qui n'a pas de relations sexuelles mais une femme qui n'a pas porté d'enfants suite à des relations sexuelles et qui conserve donc une puissance virginale intacte.
Cherchant à se venger, les Archontes conspirent pour provoquer le Déluge et détruire la race humaine mais le “gouverneur des forces”, PIARCHON DE NNDYNAMIS, avertit Noé. Dans le code des Mystères, les Dynamis sont les esprits planétaires de Mars. Etant des entités planétaires, donc extra-terrestres, ils devraient être classés parmi les Archontes mais ici, curieusement, ils semblent alliés à l'humanité. Noréa, la femme de Noé, dans la narration traditionnelle, reconnaît que les Dynamis sont des puissances extra-terrestres, les “puissances des ténèbres” et elle leur rappelle qu'ils furent incapables de profaner Eve bien qu'ils aient été capables d'endormir sa contrepartie mâle, Adam. Elle les dévoile et affirme sa connexion avec les puissances supérieures du Plérome.
Repentance du Soleil
Le conflit tourne alors à la violence. Les Archontes ici appelés “les puissances de l’iniquité” tentent d’attaquer Noréa, le principe féminin de l’initiation, de l'instruction. En réponse à Noréa qui est en situation désespérée, le grand ange Elelath, qui est appelé sagacité (en Copte MNTSABE) descend pour l’aider et lui prodiguer des enseignements. Le grand ange annonce: “J’ai été envoyé pour parler avec toi et te sauver de la capture par les mauvais. Je vais t’enseigner tes origines” (93.10).
Au paragraphe 93, l’Hypostase des Archontes se transforme en une sorte de discours de révélation. Il est presque certain qu’un second texte indépendant a été inséré dans la dissertation cosmologique que nous avons analysée jusqu’ici. Cet autre texte continue jusqu’à la fin du document, au paragraphe 97. Le grand ange fait une déclaration que l’on retrouve communément dans les enseignements Gnostiques des Codex du Nag Hammadi: l’humanité est supérieure aux autorités, aux Archons.“Pensez-vous que ces autorités aient un quelconque pouvoir sur vous? Aucun d’entre eux ne peut s’opposer à la racine de vérité (en Copte ME, qui signifie aussi le coeur: «la vérité dans ton coeur»). Car c’est à grâce à elle que le Révélateur s’est manifesté dans les derniers temps — et ces puissances seront dominées. Ces puissances ne peuvent te profaner ou profaner cette génération (qui est alliée au Révélateur) car votre demeure est dans l’incorruptibilité, dans la force virginale et immortelle, supérieure aux autorités et au chaos de leur monde” (93.20-30).
Lorsque Noréa (ou quiconque est l’interlocuteur dans ce dialogue de révélation) s’enquiert de l’origine, de la nature et des pouvoirs des Archontes, Elelath répond par une version du mythe de Sophia, le scénario de la Déesse Déchue. Ici, l’Hypostase des Archontes renoue avec le thème initial qui a introduit le texte mais en l’élaborant encore plus. Dans un langage rapide, en enchaînant une image après l’autre, le Révélateur décrit comment l’Eon Sophia, en se projetant hors du Plérome sans un conjoint, a généré une anomalie dans le royaume du chaos, quelque chose “comme un foetus avorté” qui a alors engendré une créature telle “une bête arrogante ressemblant à un lion” (94.15). Je considère que l’affirmation “elle fut engendrée à partir de la matière” signifie que cette espèce est inorganique.“Ouvrant les yeux, il (l’Archonte Dragon) vit une vaste quantité de matière illimitée et il devint arrogant et dit: “C’est moi qui suis Dieu et il n’en existe pas d’autres”. En disant cela, il pécha contre le Tout, contre le Plérome.” (94:20-25).
Nous avons ici Jéhovah, le dieu paternel de l’Ancien Testament ordonnant que “vous n’aurez d’autre dieu que moi”.
Ce commandement est dément et il émane d’un mental dément et délirant. Un parallèle Bouddhiste exact affirme que la racine de toute démence, humaine ou autre, est le concept de l'ego figé et permanent.
Le mythe continue, narré en phrases rapides: la créature arrogante se déclare le seul dieu du cosmos mais une voix réprobatrice l’apostrophe par un “Samael, dieu des aveugles”. C’est une allusion à Samuel, le Patriarche aveugle de l’Ancien testament. Ce fut Samuel qui institua chez les Israélites la royauté d’origine divine bien que ce concept fût totalement étranger à leurs croyances traditionnelles. Les Gnostiques furent des observateurs politiques avisés qui virent dans la théocratie Juive une ruse des Archontes. Ainsi, les Archontai, qui sont des entités cosmiques ou extra-terrestres, sont étroitement associés aux “autorités” humaines qui contrôlent l’ordre social grâce au simulacre théocratique d’un mandat divin.
Le texte conclut ensuite rapidement par une série d’événements mythiques spectaculaires. L’Eon Sophia infuse le domaine inorganique des Archontes d’un pouvoir d'animation et leur souverain s’engage alors dans la création d’un royaume Archontique constitué de sept sphères (l’Hebdomade). C’est le système planétaire à l’exclusion du soleil, de la terre et de la lune. Le chef des Archontes est de nouveau confronté, et cette fois par Zoé, une autre fille (à savoir, un autre aspect) de Sophia qui l’appelle Saklas (en Araméen, le “fou”) et Yaldabaoth. Zoé exhale un puissant jet de sa force, de sa force de vie divine, dans le visage du souverain des Archontes et le précipite dans le Tartare “tout au fond de l’abîme” (95.10). Sabaoth, le Soleil, est témoin de cet événement et fait l’expérience d’une conversion. Bien que le soleil soit engendré à partir de la matière inorganique (sa mère) façonnée par les forces Archontiques (son père), ce corps céleste, agissant telle une entité cosmique consciente, décide alors de se détourner des Archontes et de s’unir à Sophia.
La conversion de Sabaoth constitue l’un des événements majeurs du mythe de Sophia. J’ai suggéré, dans un autre article, que la symbiose entre la terre et le soleil, mise en exergue par l’Hypothèse Gaïa, est déjà évoquée dans cet écrit ancien de mythopoésis. Selon l’Hypostase des Archontes “Sophia et Zoé libèrent Sabaoth et lui donne la maîtrise du septième ciel, en-dessous du voile qui se situe entre le dessus et le dessous... Il est élevé au-delà des forces du chaos (c’est à dire la sphère planétaire des mécaniques célestes)” (95.20-25). A sa droite siège Zoé et à sa gauche “un ange de courroux”. Cette disposition suggère que la force solaire oeuvre en synergie avec la vie mais qu’elle est aussi capable de l’annihiler par courroux, par excès de puissance, tel que lors des éruptions solaires. Au sein du soleil repentant qui est à Son service, Gaïa (à savoir, Sophia unie à la Terre) possède, en réserve, une puissance mortelle.Elelath dit, de façon énigmatique, que Yaldabaoth envia le soleil, Sabaoth, “et la jalousie engendra une création androgyne... et engendra la Mort et la Mort engendra sa propre progéniture” (96.5-10). Cette allusion nécessite une interprétation qui rallongerait de façon excessive ce commentaire. Nous reviendrons sur ce concept de mort lors de l’analyse de traités cosmologiques subséquents.
En conclusion, Noréa demande si elle constituée de la même matière que les Archontes. Elelath répond clairement que son origine procède de la “Lumière éternelle” du Plérome alors que les Archontes furent engendrés à l’extérieur du Plérome et ne possèdent pas “l’esprit de la vérité” (96.20). Ceux qui connaissent cette différence “vivent au sein de l’humanité mortelle sans être sous l’emprise de la mort” (96.25). Le grand ange conclut avec une prophétie et une promesse en annonçant le triomphe de l’humanité sur l’erreur et sur le pouvoir illusoire des Archontes. “L’élément semé” (sperma) est la matrice lumineuse de l’humanité qui émana du Plérome et fut semée sur terre (à savoir, grâce à la panspermie). L’identité véritable de l’espèce humaine est cosmique, divine et pré-terrestre. Ceux qui possèdent cette vision de leur nature réelle sont des “Enfants de la Lumière” (97.10).
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